Réduire la part des biocarburants dans les cultures vivrières permettra d'accroître la sécurité alimentaire, n'est-ce pas ?

24 oct. 2012

La proposition de la Commission européenne de limiter la quantité de biocarburants pouvant provenir de cultures alimentaires (principalement le colza, la betterave sucrière et le blé dans le cas de l'Europe) a été saluée par certaines ONG de défense de l'environnement et du développement comme étant bénéfique à la sécurité alimentaire.

Le débat nourriture contre carburant est souvent exprimé en termes évocateurs tels que "l'utilisation des cultures pour le carburant enlève la nourriture de la bouche des gens".

Mais les systèmes agricoles et les marchés agricoles sont plus complexes que cette simple construction.

Le principal biocarburant en Europe est le biodiesel produit à partir du canola (colza oléagineux). Le colza est normalement cultivé comme une culture de rupture entre les cultures successives de céréales, avec des fonctions importantes dans le système agricole :

  • l'amélioration des sols, la lutte contre les parasites et la pollinisation (pas la fixation de l'azote),
  • un revenu agricole supplémentaire, en particulier lorsque la production céréalière est affectée par un temps humide, comme ce fut le cas en Europe cette année,
  • production d'environ 1,3 kg de farine (alimentation animale) pour chaque kg d'huile produit pour le biocarburant.

En prévision d'une baisse potentielle de la demande d'oléagineux, les agriculteurs européens envisagent déjà de planter moins de canola l'année prochaine. Donc, plutôt que d'améliorer la sécurité alimentaire, cette mesure pourrait avoir pour effet :

  • une réduction des revenus agricoles, entraînant une baisse des investissements dans la production,
  • la réduction de la diversité des cultures dans les exploitations céréalières, ce qui entraîne une volatilité accrue des prix et une plus grande utilisation des produits agrochimiques,
  • une réduction de la production d'aliments pour animaux en Europe, entraînant une augmentation des importations d'aliments pour animaux en provenance de l'extérieur de l'Europe.

Les cultures alternatives non alimentaires adaptées aux biocarburants sont principalement des plantes pérennes tropicales telles que le jatropha et l'herbe à éléphant. Ces cultures peuvent encore entrer en concurrence avec les cultures alimentaires pour les ressources foncières dans les pays en développement, mais elles sont moins flexibles que des cultures comme la canne à sucre et le maïs, qui peuvent passer d'une utilisation finale à une autre en fonction de la demande (besoins).

Une réponse plus réfléchie consisterait à rechercher un niveau de production de biocarburants à partir de cultures alimentaires compatible avec le maintien ou l'augmentation des investissements dans les terres arables de l'Europe, qui ont diminué au cours des 20 dernières années, et avec une certaine flexibilité pour aider le système agricole à répondre au changement climatique.

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