Pourquoi l'industrie devrait continuer à suivre les émissions dans un Canada post-Kyoto

20 mars 2013

Sylvie TrottierMaintenant que le Canada s'est officiellement retiré du protocole de Kyoto, le secteur privé est-il encore fortement incité à gérer et à réduire ses émissions ? En un mot, oui.

Même si la réalisation d'objectifs de réduction des émissions à l'échelle nationale n'est plus légalement obligatoire, du point de vue de l'industrie, la nécessité de comptabiliser et de déclarer les émissions de carbone reste plus forte que jamais. Au contraire, la volonté de gérer les émissions est stratégique. Les entreprises qui évaluent leurs émissions ont tout à gagner financièrement et sont prêtes à tirer pleinement parti des opportunités réglementaires qui se présentent.

Examinons d'abord les forces du marché qui agissent sur les entreprises. L'identification des domaines dans lesquels il est possible de réduire les coûts reste une raison très pratique, mais aussi fondamentale, pour que les entreprises examinent de plus près les implications de leurs activités en matière de carbone. Éviter les risques pour la réputation et bénéficier d'un positionnement écologique sont également des facteurs importants. Dans une enquête sur le consumérisme éthique, les Canadiens sont ceux qui attendent le plus des mesures prises par les entreprises en matière de RSE et qui sont le plus susceptibles d'en tenir compte dans leurs décisions d'achat.1. Les consommateurs étant de plus en plus préoccupés par l'écoblanchiment, les entreprises peuvent réduire le potentiel de méfiance en publiant des mesures de durabilité qui sont à la fois crédibles et traçables.

Les investisseurs et les fournisseurs exercent également une pression financière en faveur d'un reporting plus transparent, plus précis et plus complet des mesures de durabilité. Il a été constaté que les entreprises du S&P 500 qui publient leurs performances en matière de développement durable - et qui en représentent aujourd'hui plus de la moitié - bénéficient de rendements financiers plus élevés que leurs concurrents qui ne publient pas de rapports.2. De plus en plus d'entreprises reconnaissent les avantages de l'évaluation des GES en particulier, et déclarent volontairement leurs émissions par l'intermédiaire du Carbon Disclosure Project (CDP). Par exemple, 79% des 200 plus grandes entreprises canadiennes cotées à la Bourse de Toronto (TSX) en termes de capitalisation boursière ont rempli les questionnaires du CDP.3.

Le risque réglementaire est une autre raison souvent citée par les chefs d'entreprise, en particulier dans les industries lourdes, pour déclarer les émissions de GES de leur entreprise.4. Bien que la Loi de mise en œuvre du Protocole de Kyoto ait été abrogée, les gouvernements provinciaux du pays ont mis en œuvre des politiques qui influent sur les niveaux d'émission des entreprises. La Nouvelle-Écosse a imposé un plafond aux émissions des installations réglementées, la Saskatchewan exige des émetteurs réglementés qu'ils réduisent leurs émissions de 2% par an, et la taxe sur le carbone de la Colombie-Britannique, sans incidence sur les recettes, appliquée aux combustibles fossiles, a atteint $30/tonne.5.

Le marché du carbone récemment lancé par le Québec, par exemple, offre des crédits de réduction précoce aux entreprises qui ont volontairement réduit leurs émissions entre 2008 et 2011. Les entreprises qui ne sont pas directement visées par le plafond du marché peuvent participer en élaborant et en vendant des crédits qui répondent à l'un des protocoles de projet acceptés. Bien que la première phase, qui s'étend du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, ne touche qu'environ 75 opérateurs (principalement du secteur industriel et de l'électricité), la deuxième phase sera beaucoup plus large, puisqu'elle concernera les opérateurs qui distribuent ou importent du carburant. Le lien attendu avec le marché californien créera également d'autres opportunités, en élargissant le champ d'application et la portée du marché. Les entreprises disposant de systèmes précis et complets de comptabilisation des GES seront mieux à même de se mettre en conformité et de développer des stratégies internes de réduction des émissions dans le but de vendre à terme - ou du moins de réduire l'achat - de quotas.

En outre, il faut garder à l'esprit les mesures qui seront mises en œuvre ultérieurement. L'Amérique du Nord peut souvent regarder ce qui se passe en Europe pour avoir un aperçu des politiques futures. Le système de plafonnement et d'échange et les tarifs de rachat utilisés en Europe ont inspiré leur application ailleurs. Bien que la réglementation nord-américaine se concentre actuellement sur les gros émetteurs, d'autres initiatives dans le monde ciblent les entreprises en fonction de leurs revenus ou du nombre d'employés. Nous avons déjà parlé ici de la politique de déclaration obligatoire du carbone, qui oblige plus d'un millier des plus grandes sociétés cotées en bourse du Royaume-Uni à déclarer leurs émissions de GES. La France a adopté en 2010 une loi obligeant les entreprises privées de plus de 500 employés à réaliser une évaluation. Ce sont les types de programmes qui pourraient éventuellement être adoptés au Canada ou aux États-Unis, et qui profiteront sans aucun doute aux entreprises disposant déjà d'outils de suivi des émissions.

Un plan fédéral sur le changement climatique ne sera peut-être jamais mis en œuvre au Canada, mais les forces du marché et les politiques mises en œuvre à d'autres niveaux de gouvernement créent un besoin de gestion du carbone. Pour les entreprises suffisamment avisées pour s'y préparer, les bénéfices peuvent être considérables.

 

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